• Anne-Laure Thomas

Les conduites suicidaires : sortir des idées reçues

Mis à jour : 5 nov. 2019

Les chiffres


Au niveau mondial, on estime qu’en 2030 1,5 million de personnes décèderont par suicide. En 2018, une personne se suicide toutes les 40 secondes.


En France, il y a environ 10 000 morts par suicide par an et 200 000 tentatives de suicides. Trois fois plus d’hommes que de femmes décèdent par suicide. Trois fois plus que le nombre de morts par accident de voiture. C’est même la première cause de mortalité des français de 18 à 35 ans. D’après les chiffres de l’OCDE, la France se situe au 11e rang des pays dans lesquels les taux de suicide sont les plus élevés. En Europe, elle se situe après les pays de l’Est (Lituanie, Slovénie…), la Belgique et la Finlande. Il s’agit donc d’un réel sujet de santé publique.


Les idées suicidaires, une maladie ?


Il est maintenant établi que les idées suicidaires traduisent avant tout un désir d’échapper à une douleur insupportable. Les 40 dernières années ont vu la recherche sur les conduites suicidaires se développer afin de mieux comprendre les situations de passage à l’acte et comment elles peuvent être changées.

Publié par l'Association américaine de psychiatrie (AAP) depuis plus de 60 ans, le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM), propose une classification des troubles mentaux. Dans sa dernière version, le DSM V, les troubles liés aux conduites suicidaires sont référencés en tant que tels. C’est le signe de l’acceptation par la communauté scientifique que les conduites suicidaires sont une maladie psychiatrique en tant que telle et non plus uniquement les conséquences d’une dépression par exemple. Ainsi, on leur reconnait une épidémiologie, une génétique, des facteurs de risques, et une physiopathologie, propres.



Comment réagir lorsqu’on est face à une personne ayant des idées suicidaires ?


Mon métier m’amène à être souvent confrontée au suicide, que cela soit via les discussions sur les idées suicidaires ou via l’impact d’un suicide ou d’une tentative de suicide d’un proche, voire d’une connaissance, ou même la médiatisation d’un suicide d’un personnage de grande notoriété (effet Werther, du nom du jeune héros de Goethe qui met fin à ses jours, éconduit par la belle Charlotte).


Aussi, il m’a semblé important de pouvoir mettre au clair certains faits avérés car font l’unanimité dans les communautés de recherche, même s’ils peuvent parfois ne pas être aussi simple à entendre :


- Si les femmes représentent 4/5 des tentatives de suicide, les hommes représentent 3/4 des suicides aboutis

- Au cours de notre vie (15 à 75 ans), 10% d’entre nous feront une tentative de suicide

- L’âge, l’isolement social, un faible niveau d’étude sont tous des facteurs favorisant les idées suicidaires

- L’alcool, la prise d’antalgique ou de substances plus ou moins illicites mais désinhibantes favorisent le passage à l’acte

- Si quelqu’un évoque des idées suicidaires, en parler ouvertement avec lui, sans jugement, est absolument nécessaire. A défaut de se sentir en mesure de le faire (ce qui peut être extrêmement difficile face à un proche) penser à orienter la personne vers des structures d’écoute ou un thérapeute car il est avéré que pouvoir parler de ses idées suicidaires permet de réduire les taux de passage à l’acte (c’est même une situation d’urgence si un adolescent émet de telles idées)

- Les thérapies comportementales et cognitives sont régulièrement évaluées et celles tournées vers la résolution de problème ont fait leur preuve dans la gestion des crises suicidaires. La thérapie brève systémique et stratégique permet justement de remettre le patient dans une position active et de l’aider à identifier des façons nouvelles de voir les choses 

- L’un des outils les plus reconnus en matière de prévention de suicide est l’élaboration d’un « safety plan » ou plan de sécurité. N’hésitez pas à chercher un thérapeute qui saura construire ce plan.



Le dispositif vigilanS a fait ses preuves dans la région Lilloise depuis 2015 pour accompagner ceux qui ont déjà fait une tentative de suicide. Il est en train d’être étendu. N'hésitez pas regarder où en est l'extension si vous etes concerné. 


En conclusion, face à une crise suicidaire, il est important de ne pas rester muet, de trouver des personnes capables d’en parler avec le suicidant ou les personnes qui l’entourent. La recherche a fait beaucoup de progrès ces dernières années et permet une bien meilleure prise en charge, pour éviter une crise ou pour en limiter les impacts.



Alors ne restez pas seuls, parlez-en !



Ces éléments d’information sont issus d’un MOOC dispensé en septembre et octobre 2019 par l’Université Montpellier 2, le CHU de Montpellier et l’INSERM sur la plateforme FUN-MOOC.

 

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